Le mythe d’Ophélie, la « Belle Mort » par essence

(only in french, sorry)

Imaginez. Nous sommes au XIXe siècle. La Monarchie de Juillet puis le Troisième Empire vont battre à plein régime (régime, ancien régime, ahahahahaha, je suis trop drôle…Hum. Bref). Une nouvelle mode s’annonce : le néo-gothique. On re-découvre le Moyen-Age, Holbein, les Danses Macabres (oui parce que le néo-gothique c’est forcément du Moyen-Age, et pour l’époque, le Moyen-Age c’est forcément gothique)… Le thème de la Jeune Fille et la Mort s’insinue (encore !) doucement dans les arts plastiques. C’est l’époque de la « Belle Mort ». C’est-à-dire que le phénomène de thanatomorphose (décomposition) est totalement niée et évacuée par toutes sortes de procédés, notamment l’embaumement. On veut être toujours beau et présentable, même dans la mort, et l’on en fait un véritable spectacle de bienséance et de convenable. Oui, parce que le XIXe siècle raffole de ce qui est « convenable ». La mort n’est jamais montrée dans sa véritable essence, exception faite des représentations de massacres liés à la mythologie ou à la religion. Mais dans ces cas-là, la représentation est justifiée par l’éloignement et l’exotisme de ces scènes, ça fait partie du voyage, et puis c’est tellement loin qu’on y croit même pas (je caricature un brin, mais l’idée, c’est vraiment ça). La pourriture du corps ne sera donc jamais montré. A peine les corps morts seront-ils bleutés ou verdâtres. Exit les fluides et autres vermines désagréables. On fait une exception de Géricault, considéré comme un véritable dégénéré de la peinture (qui fait pourtant exactement la même chose que Michel-Ange et de Vinci en allant étudier les cadavres de la Morgue). La Morgue justement. Au XIXe siècle, c’est un lieu de promenade, même si elle sera fermée au public dans ce même siècle. On y va pour se promener, avoir un peu de frisson gratuit, et examiner avec attention les cadavres exposés. Oui, les cadavres dont on n’a pas l’identité sont exposés, avec un mini système d’arrosage pour les garder frais. On entoure les enfants de fleurs, et tout ce petit monde a l’air endormi. Romantique et morbide à souhait. C’est à cette époque que surgit l’affaire de l’inconnue de la Seine : une magnifique jeune fille, à peine abîmée par la noyade, est repêchée dans le fleuve, et son visage est tellement beau qu’on en a fait un masque mortuaire, mais son identité reste toujours inconnue (c’était vers 1880).

L’eau, métaphore de la vie et de la mort, la jeune fille, la beauté et la mort (et l’infantilisation de la jeune femme, aussi, super tendance à l’époque). A l’époque du néo-gothique et du romantisme, on re-découvre Shakespeare, et on s’étourdit de Hamlet, décor principal de la tragédie d’Ophélie. La jeune femme est l’amante d’Hamlet, et lorsqu’elle apprend que celui-ci a tué son père, elle sombre dans la folie et finit par se suicider par noyade. Le sujet ne pouvait que plaire à l’époque, et Ophélie a influencé des dizaines d’artistes, dont le plus célèbre est bien sûr John Everett Millais, l’un des préraphaélites. Son tableau a tellement marqué les esprits que même encore aujourd’hui, les représentations d’Ophélie sont directement inspirée par lui. So, je vous ai fais une compilation de représentations d’Ophélie, anciennes et contemporaines.

Si la symbolique d’Ophélie vous intéresse, lisez Gaston Bachelard, et d’autres textes sont disponibles sur le net, sur le cairn notamment, et sur l’histoire en images. Vous pardonnerez mes raccourcis, mais le sujet est complexe, j’ai fait au mieux.

Delacroix, Ophélie, 1844, Louvre

Millais, Ophélie, 1851, Tate Britain à Londres

Cabanel, La mort d’Ophélie, 1883, coll. part.

P. Delaroche, La jeune martyre, 1853, Louvre

Bouveret, Ophelia

Hugues, Ophelia, 1863

Gaston Bussière, fin XIXe, Ophélie

Anna Lea Merritt, Ophelia, 1880

Paul Steck, Ophelia, 1895

Lucien Levy-Durmer, Ophélie, 1900

Ewerbeck, Ophelia, 1900

Waterhouse, Ophelia, 1905

Odilon Redon, Ophélie au milieu des fleurs

Inconnu ?

Agnieszka Lorek

Dorota Gorecka

Ekaterina Belinskaya

Elle Moss

Ellen Von Unwerth

FFO

Italia Ruotolo

Karolina Ryvolova

Kirsty Mitchell

Lioba Brückner

Mihara Yasuhiro

Monia Merlo

Nina Masic

Paulina Siwiec

Signe Vilstrup

Slevin Aaron

Sofia Sanchez et Mauro Mongiello

Voodica

Belle journée !

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3 Replies to “Le mythe d’Ophélie, la « Belle Mort » par essence”

  1. Merci d’avoir mis en évidence cette fable d’un grand humanisme.
    * Puisque vous évoquez Ophélie, tout porte à croire que l’auteur W. Schakspeare n’avait pas que l’envie de raconter une histoire d’amour à l’eau de rose (si vous me permettez cette pointe d’humour), il avait bien saisi l’éclairage de l’histoire de Lazare dans la bible, ce mystère narrée par Jean dans son évangile (jn11.1-57) – il relate cette histoire ici avec un personnage qui s’apparente plutôt à une belle endormie – la preuve en est que beaucoup d’artiste la peignent les yeux ouverts ?!
    Mais il est peut-être intéressant d’aller au-delà de l’image… car il est évident que l’artiste, quel qu’il soit, passe suffisamment de temps devant son travail pour avoir une idée très profonde sur l’ouvrage qu’il va réaliser.
    En partage, permettez-moi d’émettre une hypothèse que vous apprécierez comme vous le souhaiterez : celui que l’on appelle Lazare dans les écrits bibliques, n’a jamais décédé – son âme seule était « morte » ou absente, voire en errance – le Christ lui a montré « la lumière »- Lazare qui devait s’ennuyer ferme, s’est mis à revivre en apprenant qu’il pouvait faire des choses biens dans cette vie qui lui paraissait si morne.
    Notre Ophélie est comme Lazare – son âme est vide (les artistes la montrent donc physiquement morte) – celle-ci n’attend plus qu’un Christ quelconque vienne la ressusciter (non, pas Ophélie, mais son âme bien sûr…)
    Idée moins républicaine, je vous l’accorde, là encore il n’est nullement affaire de religion, juste un peu de philosophie appliquée.
    Bien à vous

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    1. Hypothèse intéressante, cependant ici, mon but était plus de saisir pourquoi Ophélie fut si représentée au XIXe siècle, et de manière particulière, inhérente à ce siècle, en lien avec l’image de la femme en général, et en particulier dans l’art. Donc, je n’ai parlé, ni réellement de Shakespeare, ni de religion, ni réellement de philosophie.
      Belle journée

      J'aime

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